Texte écrit sur la plage de Saint Malo :
Je marche au bord de la route. Un couple passe sur le sable, tous deux engoncés dans leurs anoraks. Il fait froid, le vent fait voler les cheveux de la femme. L'homme a un début de calvitie, il porte un caleçon long qui dévoile ses jambes. Il lui parle. Elle n'écoute pas, secrète à elle-même, le nez caché sous le tissu imperméable. On ne voit que ses yeux, ces yeux qui ne nous voient pas, qui regardent, mais bien plus loin. Et son front marqué de rides. Pourtant, elle est jeune encore. Il la regarde, essaye de la faire sourire. Elle est ailleurs.
Je continue ma route. Un peu plus loin, caché derrière les troncs noirs de sel qui strient la plage, il y a un autre couple. Enlacés, ils dorment à même le sable, indifférents à la bruine, et on peut difficilement dire où commence l'un et où finit l'autre. La mer monte et ils ignorent encore qu'ils devront eux aussi se lever et quitter leur refuge. Ils ignorent encore qu'un jour, l'un parlera et que l'autre n'écoutera pas.